Congrès EMOIS 2019

L’incarcération des personnes suivies en psychiatrie dans l’Oise

Les 14 et 15 mars 2019, à Nancy

L. Plancke (1,2), J. Gonfroy (1), A. Amariei (1), T. Danel (1,3), C. Delaplace (4), T. Fovet (3), P. Thomas (1,3,5)


(1) Fédération Régionale de Recherche en Psychiatrie et Santé Mentale Hauts-de-France, Lille
(2) Centre lillois d’études sociologiques et économiques
(3) Centre hospitalo-universitaire de Lille
(4) Ministère de la Justice, Direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille
(5) Université de Lille

Les études évaluant l’état de santé des personnes entrant en prison font état
d’une prévalence de troubles mentaux beaucoup plus élevée qu’en population
générale [1–3].
Nous avons recherché dans les bases du RimP la part des 25 029 personnes suivies
en psychiatrie dans le département de l’Oise qui étaient ensuite retrouvées
par les Dispositifs de soins psychiatriques en milieu carcéral à l’occasion de l’entretien
systématique d’entrée en prison, dans un territoire où le même Établissement
de santé mentale (EPSM) avait en charge les patients en population générale
et carcérale. À partir du numéro-patient attribué par l’EPSM, une analyse de
survie (Kaplan-Meier) a été utilisée pour calculer la probabilité d’incarcération, 6,
12 et 18 mois après la première date de soins.
Les probabilités cumulées d’incarcération étaient à 6 mois de 0,27% (IC95% 0,24-
0,31%), à 12 mois de 0,45% (IC95% 0,40-0,49%) et à 18 mois de 0,55% (IC95% 0,50-
0,60%). Le sexe masculin, le jeune âge, les antécédents d’incarcération et d’hospitalisation
psychiatrique, la faible intensité du suivi psychiatrique et un diagnostic
de troubles de la personnalité et du comportement (F6-CIM10) étaient significativement
associés à des probabilités plus élevées d’incarcération dans les analyses
de survie bivariées. Le modèle de Cox confirmait l’effet du sexe, de l’âge, des antécédents
d’incarcération, du diagnostic F6, alors qu’un suivi ambulatoire soutenu
minorait le risque étudié.
La probabilité d’incarcération à 12 mois (0,45% dans notre étude) est très supérieure
au taux d’incarcération de la population vivant en France (0,10% en 2018).
Des travaux sociologiques expliquent comment la demande sociale d’enfermement,
l’image dangereuse du malade mental, la baisse des déclarations d’irresponsabilité
pénale, ainsi que les moindres ressources des personnes porteuses de
troubles mentaux, notamment pour se défendre, contribuent à leur surincarcération,
alors que Penrose établit une corrélation entre l’augmentation du nombre de
détenus et la diminution du nombre de lits en psychiatrie [4]. La généralisation de
l’étude nécessite l’attribution d’un numéro anonyme d’identification à l’ensemble
des patients suivis en service de psychiatrie, hospitalier et ambulatoire. Elle permettrait
de disposer d’un indicateur permanent sur les politiques publiques en
santé mentale sur l’ensemble du territoire national.
Mots-clés : Prison – Suivi psychiatrique – Oise – RimP – SNDS.
[1] Duhamel A, Renard JM, Nuttens MC, Devos P, Beuscart R, Archer E. Social and health
status of arrivals in a French prison: a consecutive case study from 1989 to 1995. Rev Epidemiol
Sante Publique 2001;49:229–38.
[2] Falissard B, Loze J-Y, Gasquet I, Duburc A, de Beaurepaire C, Fagnani F, et al. Prevalence
of mental disorders in French prisons for men. BMC Psychiatry 2006;6:33. doi:10.1186/1471-
244X-6-33.
[3] Fovet T, Plancke L, Amariei A, Benradia I, Carton F, Sy A, et al. Mental disorders at admission
to jail: a prevalence and comparison with non-incarcerated people study in the North
of France. Epidemiol Psychiatr Sci 2019.
[4] Penrose LS. Mental Disease and Crime: Outline of a Comparative Study of European
Statistics. British Journal of Medical Psychology n.d.;18:1–15. doi:10.1111/j.2044-8341.1939.
tb00704.x.