Programme Papageno : vers la prévention de la contagion suicidaire

Cachez ce suicide que l’on ne saurait voir

Juin 2017, à Dijon

S’il fallait encore se convaincre de l’importance de prendre en considération l’influence des médias contemporains – qu’ils soient professionnels ou non – sur les conduites suicidaires des adolescents, deux phénomènes populaires nous en ont récemment donnée une illustration retentissante. D’un côté, le Blue Whale Challenge, supposé défi numérique par lesquels les jeunes piégés seraient invités à s’exposer à des dangers croissants jusqu’à l’ultime étape du suicide a fait l’objet d’une médiatisation alarmiste sur fond de dénonciation implicite ou explicite des réseaux sociaux. D’un autre côté, la diffusion de la série Netflix 13 raisons de…, qui dépeint le parcours suicidaire d’une adolescente de 17 ans, a soulevé de la part de la plupart des organismes de prévention du suicide (notamment au Canada ou aux USA) une vive inquiétude confinant parfois à la condamnation. Dans un cas comme dans l’autre, la tendance a été aux velléités d’oblitération au nom de principes opératoires initialement élaborés pour les journalistes (recommandations pour un traitement médiatique plus sûr du suicide). Et si cette propension indifférenciée au passage sous silence serait paradoxalement plus iatrogène qu’elle n’éviterait la contagion suicidaire ? Et si c’était elle qui, dans un cas, contribuerait à l’entretien d’une légende numérique par des médias non suffisamment soutenus et dans l’autre, entraverait le potentiel préventif d’une narration exceptionnellement riche ? L’abondante littérature sur la contagion suicidaire nous en convainc : une analyse rigoureuse, approfondie et nuancée de ce type de phénomène menée à l’appui des sciences médicale, épidémiologies et de la communication est plus que jamais de mise. L’enjeu serait double. D’une part, il s’agirait d’élaborer un rempart plus efficace aux risques réels de contagion en l’adaptant à la singularité de la situation et les contraintes et partenaires sociaux impliqués (dont les médias professionnels). D’autre part, cela nous aiderait à déceler les opportunités nouvelles de prévention offertes par les canaux de communications contemporains. 

Une communication du Dr Pierre Grandgenèvre. Contactez l’équipe du programme, pour en savoir plus.