Les hospitalisations longues en psychiatrie

Revue d’épidémiologie et de santé publique, janvier 2017

hospil LGPlancke L., Amariei A. Les hospitalisations longues en psychiatrie. Revue d’épidémiologie et de santé publique, 2017 ; 2017 ; 65 : 9-16

 

A consulter sur http://www.em-consulte.com/article/1106096/alertePM

Les hospitalisations longues en psychiatrie posent problème de par la désocialisation des patients et les coûts qu’elles induisent.
Les variables individuelles sur les personnes hospitalisées ont été extraites à partir d’une base médico-administrative sur les séjours psychiatriques à temps complet, en 2011-2013, des personnes de 16 ans et plus résidant dans la région française du Nord - Pas-de-Calais ; nous avons calculé la part des personnes ayant connu un séjour d’une durée au moins égale à 292 jours durant la période de l’étude. Une analyse bivariée a été réalisée, puis des données écologiques (sur l’offre de soins, la défavorisation et la taille des communes de résidence) ont été introduites dans un modèle de régression multiniveaux, en vue d’identifier les facteurs significativement associés à la variabilité des taux d’hospitalisation psychiatrique au long cours.

2,6% des personnes hospitalisées en psychiatrie connaissent au moins un séjour de 292 jours ou plus durant la période d’étude ; les journées en séjours longs représentent 22,5% des journées d’hospitalisation à temps complet en psychiatrie. L’analyse bivariée fait apparaître que l’ancienneté dans le dispositif psychiatrique est fortement corrélée au taux d’hospitalisation longue.

Dans le modèle multiniveaux, les variables individuelles les plus associées à l’augmentation du risque d’hospitalisation longue sont la dépendance totale (OR=9,0. IC95% : 6,7-12,2. p<,001), un diagnostic principal de trouble de développement psychologique (OR=9,7. IC95% : 4,5-20,6. p<,001), de retard mental (OR=4,5. IC95% : 2,5-8,2. p<,001), de schizophrénie (OR=3,0. IC95% : 1,7–5,2. p<,001), avoir eu une hospitalisation contrainte (OR=1,7. IC95% : 1,4-2,1. p<,001) et une mesure d’isolement thérapeutique (OR=1,8. IC95% : 1,5-2,1. p<,001). Les variations de taux d’hospitalisation longue selon le type d’établissement sont très élevées, mais la densité en lits d’hospitalisation ou l’intensité de l’activité ambulatoire des services ne sont pas significativement reliés à l’hospitalisation longue. Les habitants d’unités urbaines de petite taille connaissent significativement moins de risque d’hospitalisation longue que ceux des grandes agglomérations. Nous ne trouvons pas d’influence de la défavorisation matérielle et de la défavorisation sociale dans les séjours au long cours.

L’hospitalisation longue en psychiatrie concerne peu de patients mais représente un cinquième des journées d’hospitalisation à temps complet. Les nouvelles générations de patients sont beaucoup moins exposées au risque de connaître des séjours longs.