Les réhospitalisations psychiatriques : données épidémiologiques

La période précédant la 2e guerre mondiale a vu le nombre de patients psychiatriques croître, du fait de l’augmentation des durées de séjour ; après la période particulièrement dramatique de la guerre, s’est développé un fort mouvement de désinstitutionalisation, qui a donné lieu en France, en 1960, à l’invention du secteur de psychiatrie et à une approche communautaire fixant au Centre médico-psychologique un rôle central, de primo-accueil, d’évaluation et d’orientation. La fermeture d’un grand nombre de lits à temps complet, le développement des alternatives à l’hospitalisation et le raccourcissement des durées de séjour, qui ont été divisées par 3,7 entre 1980 (106 journées) et 2011 (29 journées), marquent cette nouvelle période, où les réhospitalisations sont devenues plus nombreuses que les primo-hospitalisations.

Nous avons utilisé les données du Recueil d’informations médicalisé en psychiatrie (RimP) pour étudier les séjours en hospitalisation psychiatrique complète des habitants du Nord - Pas-de-Calais en 2011 et 2012, apprécier la part des réhospitalisations durant la période et décrire leurs bénéficiaires.

Sur 21 784 personnes ayant connu une hospitalisation psychiatrique complète en 2011, on enregistre des taux de réhospitalisation, à 3 mois de 22%, à 6 mois de 33% et à 12 mois de 43%. Parmi ces personnes réhospitalisées dans l’année qui suit le premier séjour, 51% le sont une fois, 22% deux fois, 11% 3 fois, 6% 4 fois et 11% 5 fois et plus.
A 12 mois, les taux sont plus élevés chez les hommes que chez les femmes, beaucoup plus élevés chez les personnes ayant connu au moins une hospitalisation contrainte et varient inversement à l’âge : de 54,8% chez les moins de 10 ans à 37,2% chez les 80 ans et plus. D’importantes variations sont également enregistrées selon les secteurs de psychiatrie (rapport 9e / 1er décile = 1,39) et, plus encore, selon les établissements d’hospitalisation (rapport 9e / 1er décile = 2,32). Moins de 40% de réhospitalisation à 12 mois sont enregistrés chez les patients présentant un diagnostic en F4 et en F3 ; de 40 à 49% pour les diagnostics F1, F5, et F6 ; de 50 à 60% pour les diagnostics F2 ; de 70% enfin pour les patients diagnostiqués F8.
Une régression logistique (modèle de Cox) fait également apparaître le rôle important du secteur (service) d’hospitalisation : toutes choses étant égales par ailleurs, le risque de réhospitalisation est significativement inférieur -de 1,4 à 1,6 fois moins- dans 3 secteurs de psychiatrie adulte sur les 60 de la région Nord - Pas-de-Calais, alors que pour 11 autres, il est significativement supérieur -de 1,3 à 2,3 fois plus.


Notre étude confirme la grande fréquence des réhospitalisations, mais aussi la variabilité de leurs taux, selon les variables étudiées. Elle ne permet pas cependant d’apprécier la valeur de ces nouveaux séjours hospitaliers : indispensables et prévisibles, ou fâcheux et marqueurs d’une décompensation.

Laurent Plancke, chargé d'étude, F2RSM
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