108ème congrès de psychiatrie et neurologie de langue française

Le recours aux médicaments psychotropes dans le Nord – Pas-de-Calais

Au Touquet, 2010

Introduction

Le recours aux médicaments psychotropes est plus fréquent en France que dans les autres pays industrialisés ; ce point fait l’objet d’une préoccupation des pouvoirs publics depuis une vingtaine d’années. Le Ministère de la Santé établissait, en 2004, une multiplication par 6,7 des ventes d’antidépresseurs en France entre 1980 et 2001, alors que les ventes globales de médicaments étaient multipliées par 2,7 pendant la même période.

Méthode

A partir de la base des traitements présentés au remboursement des caisses primaires du Nord - Pas-de-Calais en 2007, une étude a porté sur le recours aux antidépresseurs, antipsychotiques, dérivés des benzodiazépines, traitements de substitution aux opiacés, traitements de la dépendance alcoolique. L’approche a consisté à calculer les taux de recours, de recours intensif et de rechercher parmi les quelques variables disponibles dans la base (âge, sexe, CMU, suivi psychiatrique, secteur géographique) lesquelles étaient les plus reliées à des taux élevés.

Résultats

Durant l’année 2007, 15,6% de la population couverte recourt au moins une fois à l’une des molécules étudiées. Les femmes (19,3%) y recourent plus que les hommes (11,6%), alors que le taux, inférieur à 5% entre 0 et 19 ans, augmente régulièrement ensuite avec l’âge, avec une interruption de la hausse entre 60 et 69 ans, qui correspond à l’entrée en retraite. Durant la période d’étude, 15,6% de la population régionale couverte recourt à au moins un médicament psychotrope en 2007. Ce taux s’établit à 11,7% pour les benzodiazépines, à 7,6% pour les antidépresseurs, à 1,8% pour les antipsychotiques, à 0,5% pour les traitements de la dépendance alcoolique et à 0,3% les traitements de substitution aux opiacés (TSO). Pour les trois premières classes, le taux augmente assez régulièrement avec l’âge ; il est toujours très supérieur chez les femmes que chez les hommes. Pour les traitements de la dépendance à l’alcool et de l’héroïnomanie, les hommes sont plus nombreux ; le taux de recours augmente dans un premier temps (jusqu’à 40-49 ans pour les premiers, jusqu’à 30-39 ans pour les TSO), pour redescendre ensuite.

Conclusion

Le recours aux médicaments psychotropes constitue une pratique fréquente parmi la population du Nord - Pas-de-Calais et ce d’autant plus que l’on est âgé et suivi par un médecin psychiatre ; quand il est observé, ce recours est le plus souvent peu intense (dans six cas sur dix le nombre de prescriptions est inférieur à dix durant les deux années constituant la période d’étude et durée entre 1ère et dernière prescription inférieure à un an). A l’inverse, dans trois cas sur dix, le nombre de prescriptions est supérieur à dix et ladite durée supérieure à un an.

La pauvreté, approchée à partir du bénéfice de la CMU, est un facteur lié à des recours intenses des spécialités étudiées, de même que l’avancée en âge ; la médicalisation de ces deux questions sociales est confirmée par les résultats de notre étude.  Celle-ci, par contre, fait apparaître que les femmes ont des recours plus fréquents, mais d’une intensité et d’une régularité plutôt inférieures à ceux des hommes pour les benzodiazépines, les antidépresseurs et les antipsychotiques.

Les variables liées à l’offre de soins (densité de médecins généralistes, territoire des caisses d’assurance-maladie ou des secteurs de psychiatrie) font quant à elles peu ou pas varier l’intensité et la régularité des recours aux médicaments psychotropes. Parmi les items disponibles (au nombre somme toute limité), les variables individuelles semblent donc plus influentes que les variables contextuelles pour expliquer les prescriptions de ces classes de médicaments.

Communication de Thierry Danel