Colloque ESPT

Inégalités territoriales de santé mentale en France

12 septembre 2013, Nanterre

Résumé

Alors que les inégalités sociales de santé sont un sujet de préoccupation majeure, tant d’un point de vue politique que scientifique, et que la maladie mentale est un facteur majeur de réduction de l’espérance de vie, les études sur les inégalités territoriales de santé mentale sont peu nombreuses. Nous avons mobilisé une trentaine d’indicateurs sur ce sujet, regroupés en quatre thèmes : les déterminants socio-économiques, la morbi-mortalité psychiatrique, les ressources affectées au traitement de la souffrance psychique et des pathologies mentales et, enfin, l’activité des services de psychiatrie publique.
Les inégalités entre régions, mesurées par le rapport entre 9e et 1er décile des taux calculés, sont souvent marquantes : 3,7 pour la tentative de suicide durant la dernière année ; 1,8 pour le suicide masculin ; 3,3 pour la densité de psychiatres libéraux ; 2,4 pour les lits-places d’hospitalisation à temps partiel de psychiatrie ; 1,9 pour la défavorisation sociale (indicateur composite construit à partir des taux de personnes sans diplômes, sans emploi, pauvres, vivant seules, familles monoparentales et de veufs-divorcés).
Les corrélations entre les variables ont été calculées. A titre d’exemple, le taux de suicide des hommes varie inversement à leur espérance de vie, au revenu fiscal médian de la région et à la densité de psychiatres ; mais l’installation de ces derniers est plus importante dans des régions plus favorisées, ce qui ne permet pas de conclure à leur rôle dans la prévention du suicide.
Une typologie en trois classes ressort de la classification ascendante hiérarchisée :
- cinq régions du nord (de la Haute-Normandie à la Lorraine) et l’Auvergne présentent les difficultés sanitaires et socio-économiques les plus prononcées. Dans ce groupe, le Nord - Pas-de-Calais est la seule région présentant des valeurs plus défavorables, du point de vue de la situation socio-économique, des ressources de la psychiatrie et de la morbi-mortalité psychiatrique.
- six régions méridionales et l’Ile-de-France constituent la seconde classe ; elle présente de forts taux de professionnels (psychiatres, psychologues et infirmiers dans les services de psychiatrie), un faible taux d’équipement public mais une forte densité de places en établissements privés.
- les neuf régions restantes, réparties sur un axe ouest-est, entre Bretagne et Alsace, présentent souvent des situations proches des valeurs nationales, avec quelques exceptions à cette règle : nombreuses places à temps partiel, morbidité relativement faible, mais taux de suicide plutôt élevés, sauf pour l’Alsace.
Les nombreuses disparités relevées posent la question de l’inégalité en santé mentale, et plus encore, de l’iniquité. Il y aurait lieu d’intégrer bien d’avantage à la réflexion en santé publique cette dimension, dont les imbrications avec la santé somatique sont majeures.


Consultez la présentation de Laurent Plancke


Un congrès organisé par l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense (Equipe Espace, santé et territoires) et l'association "Elus, santé publique et territoires".